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Face à une sécheresse record, le Colorado se prépare à sa "pire" saison des incendies
information fournie par AFP 22/05/2026 à 09:09

Un panneau appelant à la vigilance sur les feux de forêt à Fairplay, dans le Colorado, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Un panneau appelant à la vigilance sur les feux de forêt à Fairplay, dans le Colorado, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

"Vous êtes au courant de l'ordre d'évacuation?" demande le policier Larry Graves en arrivant devant le garage d'Amy Clewell, habitante d'un quartier isolé dans les montagnes du Colorado, aux Etats-Unis. Derrière les arbres, le feu avance, la radio de l'agent crépite, il faut aller vite - mais tout ceci n'est qu'un exercice.

Dans le comté d'Ouray, il n'y a pas encore de flammes réelles, mais les services de secours locaux s'entraînent, pour la première fois à grande échelle, à protéger les habitants d'une saison des incendies qui s'annonce mauvaise dans l'ouest américain.

De l'Arizona au Wyoming, un vaste territoire dépend pour son alimentation en eau de la neige tombée dans les montagnes Rocheuses. Mais cet hiver, il n'a jamais fait aussi chaud dans la région, réduisant le stock de neige à des niveaux historiquement bas. Conséquence: un asséchement des sols et de la végétation très favorable aux incendies.

Amy Clewel, le policier Larry Graves and Jennifer Shook lors d'un exercice d'évacuation dans un quartier du comté d'Ouray dans le Colorado américain, le 15 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Amy Clewel, le policier Larry Graves and Jennifer Shook lors d'un exercice d'évacuation dans un quartier du comté d'Ouray dans le Colorado américain, le 15 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Vingt-sept minutes après le passage du policier, une ambulance arrive chez Amy et embarque Jordan Wyatt et Jennifer Shook, qui jouent le rôle de deux blessés. A quelques maisons de là, sous les pins, des pompiers coiffés de casques jaunes projettent l'eau de leur lance à incendie sur un brasier imaginaire.

Jennifer, en fauteuil roulant, se souvient de l'été dernier, quand sa mère a vu, impuissante, un feu de forêt se rapprocher. "Ayant vu son niveau de stress, et sachant qu'il y a d'autres personnes avec des handicaps qui devraient être évacuées, je voulais participer", dit-elle, avant d'être transportée dans l'ambulance.

- "Tellement peu d'humidité" -

Lors d'un cours sur l'utilisation des tronçonneuses au Colorado Fire camp à Salida, dans l'ouest américain, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Lors d'un cours sur l'utilisation des tronçonneuses au Colorado Fire camp à Salida, dans l'ouest américain, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Ce type d'exercice, indispensable pour repérer les failles dans la coordination des différents services de secours, est de plus en plus courant au Colorado, dans le centre-ouest du pays. Ils permettent aussi d'inciter les habitants à se préparer à devoir partir dans l'urgence, a fortiori pour cet été.

"J'ai travaillé ici toute ma vie, et je n'ai jamais rien vu de tel", confirme Aaron Jonke, le chef des pompiers de la petite ville de Salida. "Il faut que les gens comprennent que ce n'est pas une année habituelle", "c'est la pire", insiste-t-il, "il y a tellement peu d'humidité."

Le pompier moustachu alerte les habitants depuis janvier. "Avec le changement climatique", dit-il, "la saison des incendies est passée d'événement estival à quelque chose qui court sur toute l'année."

Dans le Colorado Fire Camp, qui prépare ce jour là au maniement des tronçonneuses, un outil vital pour créer des trouées dans les forêts, Daniel Pusher s'applique à découper des troncs.

Il compte rapporter ce savoir-faire chez lui, dans sa tribu Apache de l'Arizona, afin de travailler à un projet d'élagage destiné à lutter contre le risque d'incendie. Et avec la "mauvaise sécheresse" de cette année, s'inquiète-t-il, "on garde nos yeux grand ouverts."

Huit des onze Etats de la région ont enregistré leur plus faible quantité d'eau stockée dans le manteau neigeux depuis le début des mesures. Parmi eux, le Colorado, qui a activé son plan sécheresse dès mars.

La région est méconnaissable.

- Rives asséchées -

Le skieur Tim Faris à la recherche de neige près du col de Loveland, dans les montagnes du Colorado, le 13 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Le skieur Tim Faris à la recherche de neige près du col de Loveland, dans les montagnes du Colorado, le 13 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

Au col de Loveland, à 3.650 mètres d'altitude, il n'y a plus que quelques plaques de neige sur les pentes herbeuses. Skis en main, Tim Faris cherche quelques virages de glisse. "D'habitude, je peux skier ici jusqu'à fin juin", s'alarme-t-il. "Aujourd'hui, je dois marcher entre les marmottes et les fleurs pour trouver de la neige."

Dans la vallée, les pontons en principe flottants d'un petit port de plaisance du lac artificiel de Dillon sont aujourd'hui posés sur la boue: aucun bateau ne s'y amarrera de l'été, le niveau du lac est six mètres trop bas. Moins de saisonniers ont été embauchés.

L'accès au lac Antero, repaire de pêcheurs cerclé d'une herbe jaunie, est fermé par un portail cadenassé. "Retenue fermée. Pas de loisirs en raison du manque d'eau", indique un panneau installé pour toute l'année.

Ce déficit a ravivé le conflit sur le partage de l'eau du fleuve Colorado, source d'eau potable pour 40 millions d'Américain et qui irrigue les champs de toute la région.

L'accès barré, en raison de la sécheresse, à la retenue d'eau d'Antero, dans le Colorado, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

L'accès barré, en raison de la sécheresse, à la retenue d'eau d'Antero, dans le Colorado, le 14 mai 2026 ( AFP / Jason Connolly )

La ville de Denver n'avait jamais déclenché de restrictions sur l'usage d'eau aussi tôt dans l'année. Environ 90% de son eau vient de la fonte des neiges, et la tendance est claire: elle baisse d'année en année.

Dans le comté d'Ouray, une fois Jennifer et les autres évacués, les lances à incendies rangées, les quelque 175 professionnels et volontaires impliqués dans l'exercice dressent le bilan dans la salle polyvalente. Le réseau téléphonique de secours n'a pas bien fonctionné, le nouveau système radio des pompiers non plus.

Mais Diane Moore, une bénévole, en tire une leçon: avoir un sac prêt pour l'évacuation, et penser à prendre son chargeur de téléphone. "On va rentrer à la maison et en préparer un" tout de suite, glisse-t-elle en partant.

1 commentaire

  • 09:39

    Pas de réchauffement dixit leur président....


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